Jacques Attali Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française

Publié le par pascal doublier

Rapport de la Commission

pour la libération

de la croissance française

Sous la présidence de

Jacques Attali

.

 

S

OMMAIRE

En résumé

Première partie

..................................................................................................5

Participer pleinement à la croissance mondiale

Deuxième partie

..................................21

Des acteurs mobiles et sécurisés

Troisième partie

........................................................103

Une nouvelle gouvernance au service de la croissance

Quatrième partie

....................177

Réussir la libération de la croissance

Table .......................................................................................................243

www.liberationdelacroissance.fr

 

..................................................223

E

N RÉSUMÉ

Le moment est venu…

Ceci n’est ni un rapport, ni une étude, mais un mode d’emploi

pour des réformes urgentes et fondatrices. Il n’est ni partisan,

ni bipartisan : il est non partisan.

Ceci n’est pas non plus un inventaire dans lequel un gouvernement

pourrait picorer à sa guise, et moins encore un concours

d’idées originales condamnées à rester marginales. C’est un

ensemble cohérent, dont chaque pièce est articulée avec les

autres, dont chaque élément constitue la clé de la réussite du tout.

Il part d’un diagnostic de l’état du monde et de la France ; de ce

qu’il faut changer, de ce qui peut l’être, et de la façon de mettre

en oeuvre la réforme. Avec une double conviction : d’une part, les

Français ont les moyens de retrouver la voie d’une croissance

forte, financièrement saine, socialement juste et écologiquement

positive. D’autre part, tout ce qui ne sera pas entrepris dès maintenant

ne pourra bientôt plus l’être.

Mesurée strictement par le PIB, la croissance est un concept

partiel pour décrire la réalité du monde : en particulier, il n’intègre

pas les désordres de la mondialisation, les injustices et les

gaspillages, le réchauffement climatique, les désastres écologiques,

l’épuisement des ressources naturelles… La croissance

de la production, cependant, est la seule mesure opérationnelle

de la richesse et du niveau de vie disponible, permettant de

comparer les performances des différents pays. Par ailleurs,

cette mesure est fortement corrélée avec l’innovation technologique,

indispensable au développement durable et à la réalisation

d’autres objectifs de développement (santé, éducation,

services publics, etc.).

Le monde change à très grande vitesse

Le monde est emporté par la plus forte vague de croissance

économique de l’histoire, créatrice à la fois de richesses

inconnues et d’inégalités extrêmes, de progrès et de gaspillages,

5

à un rythme inédit. L’humanité en sera globalement bénéficiaire.

La France doit en créer sa part.

Cette croissance économique n’est pas une abstraction. Elle

peut et doit concerner toutes les dimensions du bien-être, et

d’abord celle de la liberté réelle qui permet à chacun, quelle que

soit son origine, de trouver ce pour quoi il est le plus doué, de

progresser dans ses connaissances, dans sa situation professionnelle,

dans ses ressources et celles de sa famille, de réussir

sa vie et de transmettre son savoir et ses valeurs. Réciproquement,

la croissance économique se trouve renforcée par cette

liberté et les initiatives qu’elle permet. La croissance économique

n’entraîne pas systématiquement la justice sociale, mais elle lui

est nécessaire : l’enrichissement n’est pas un scandale, seule

l’est la pauvreté.

Plus de 100 pays dans le monde ont aujourd’hui un taux de

croissance de leur Produit intérieur brut (PIB) supérieur à 5 %.

L’Afrique elle-même, comme l’Amérique latine, croissent à plus

de 5 % par an. La Chine connaît des taux supérieurs à 10 %

depuis plusieurs années, l’Inde la talonne, à près de 9 %, l’économie

russe se rétablit avec 7 % de croissance, la Turquie affiche

des taux de 11 % et ouvre à nos portes un immense marché où

les deux tiers de la population ont moins de 25 ans. Les puissances

détentrices de rentes peuvent croître et investir grâce à la

hausse du prix des matières premières.

L’avenir réserve au monde un potentiel de croissance plus

considérable encore : des progrès techniques majeurs s’annoncent,

venus du Sud comme du Nord ; la population mondiale va

augmenter de 3 milliards de personnes en moins de 40 ans et un

énorme capital financier est disponible. Si la gouvernance politique,

économique, commerciale, environnementale, financière

et sociale de la planète sait s’organiser, la croissance mondiale

se maintiendra très durablement au-dessus de 5 % par an.

En Europe, certains pays profitent

de cette vague, d’autres s’y préparent

Même si l’Europe croît aujourd’hui moins de deux fois moins

vite que la moyenne mondiale, et moins vite que la moyenne de

300 décisions pour changer la France

6

l’Organisation de coopération et de développement économique

(OCDE), même si sa démographie est sur une pente déclinante,

l’Europe n’a aucune raison de rester à la traîne. Même si elle n’a

pas à opérer le rattrapage dans lequel sont engagés les autres,

elle doit lancer d’immenses d’investissements pour bénéficier

des bouleversements technologiques à venir et rattraper le

rythme du reste du monde. De fait, certains pays de notre continent

s’y préparent mieux que d’autres : l’Allemagne a modernisé

la partie orientale du pays, dynamisé son marché du travail et sa

formation, développé des industries nouvelles, comme les énergies

renouvelables. Le Royaume-Uni s’est engagé durablement

dans la réforme de son système scolaire et de son réseau de

santé, et dans la valorisation de son industrie financière.

L’Italie, le Portugal, la Grèce et plusieurs nouveaux États

membres ont eux aussi mené des réformes courageuses, pour

contrôler leurs dépenses publiques, moderniser leur administration,

et mieux recruter leurs agents publics. L’Espagne a oeuvré

pour l’accès de tous à la propriété du logement, dans une

économie en quasi plein-emploi. La Suède a réorganisé son

administration en agences et a développé la concurrence entre

divers prestataires de services publics. Le Danemark a bâti un

modèle efficace, concurrentiel, solidaire et flexible, accordant

une attention prioritaire à l’éducation, à la recherche, au dialogue

social et au plein-emploi. La Finlande est devenue un leader

mondial dans la compétitivité, grâce à une politique efficace de

recherche et d’innovation. Tous ont compris l’urgence qu’il y a à

accueillir des étrangers pour combler leurs lacunes démographiques

et pour développer des innovations.

La France a de nombreux atouts

La France dispose d’atouts exceptionnels pour attirer à elle

les bénéfices de ce mouvement mondial et pour retrouver une

croissance forte : la natalité la plus élevée d’Europe, un

système d’éducation et de santé de haut niveau, des infrastructures

modernes, des entreprises créatives, une vie intellectuelle

et associative dynamique. Elle est la première destination

touristique de la planète, le deuxième exportateur au monde de

7

300 décisions pour changer la France.

En résumé

produits agricoles et agroalimentaires, le quatrième fournisseur

de services. Ses équipements routiers, aéroportuaires,

hospitaliers et de télécommunications comptent parmi les plus

performants du monde. Certaines entreprises françaises sont

parmi les premières mondiales et plusieurs marques ont un

rayonnement planétaire dans des secteurs clés pour l’avenir :

aéronautique, nucléaire, pétrole, gaz, pharmacie, travaux

publics, construction, banque, assurances, traitement de l’eau,

téléphonie, services informatiques, agroalimentaire, esthétique,

luxe, tourisme.

Enfin, le pays a la chance d’appartenir à un continent aux

richesses immenses, dont la paix, l’harmonie et la stabilité sont

garanties par l’Union européenne avec laquelle la France

réalise 60 % de ses échanges commerciaux, et par l’euro, qui

devient, grâce à sa stabilité une monnaie de réserve mondiale.

Pourtant, la France prend du retard

Malgré ces atouts, la France n’a plus depuis 2000 qu’une

croissance moyenne de 1,7 % par an. Parce que depuis 20 ans,

elle n’a pas su se réformer.

N’ayant pas abandonné un modèle hérité de l’après-guerre,

alors efficace mais devenu inadapté, la France reste très largement

une société de connivence et de privilèges. L’État réglemente

toujours dans les moindres détails l’ensemble des

domaines de la société civile, vidant ainsi le dialogue social de

son contenu, entravant la concurrence, favorisant le corporatisme

et la défiance. Alors que notre époque requiert du travail

en réseau, de l’initiative et de la confiance, tout se décide encore

d’en haut, tout est contrôlé dans un climat de méfiance générale.

Les dépenses publiques françaises sont les plus élevées de

tous les pays de l’OCDE et augmentent encore plus vite que la

production. Bien que les impôts soient les plus forts d’Europe,

le déficit budgétaire se maintient depuis plus de quinze ans audessus

de 3 % du PIB, et les intérêts de la dette absorbent à eux

seuls les deux tiers de l’impôt sur le revenu.

Les conséquences de ce conservatisme général sont catastrophiques,

en particulier pour les jeunes. Même si chaque

300 décisions pour changer la France

8

Français produit encore 5 % de plus par heure travaillée qu’un

Américain, il produit 35 % de moins que lui au long de sa vie

active. La rente est triomphante : dans les fortunes foncières,

dans la collusion des privilégiés, dans le recrutement des élites.

Seules 5 000 entreprises ont plus de 250 salariés. Trop peu

d’universités françaises sont prises au sérieux dans le monde.

Trop peu de chercheurs travaillent sur les sujets d’avenir, et la

compétitivité baisse : depuis 1994, la part des exportations françaises

dans les exportations mondiales décroît régulièrement.

Les inégalités sont plus criantes que jamais : 50 000 jeunes par

an, soit environ 6 % d’une génération, proportion considérable,

sortent du système scolaire avant la terminale. Seuls 52 % des

enfants d’ouvriers obtiennent leur baccalauréat, contre 85 % des

enfants de cadres supérieurs. Moins de la moitié des enfants des

classes populaires passent le bac général, alors que c’est le cas

de 83 % des enfants des cadres supérieurs, qui occupent ensuite

l’essentiel des places dans les grandes écoles. 150 000 jeunes

sortent chaque année du système scolaire sans qualification. La

France compte à la fois plus de 2,5 millions de chômeurs, et plus

de 600 000 emplois non pourvus. Le chômage des jeunes, scandale

absolu, constitue la preuve de la faillite d’un modèle social :

il s’élève en moyenne à 22 % et grimpe jusqu’à 50 % dans

certains quartiers. Plus de un million de personnes doivent

survivre avec le Revenu minimum d’insertion (RMI, soit

441 euros brut pour une personne seule sans enfant) et seuls

338 800 d’entre eux sont inscrits à l’Agence nationale pour l’emploi

(ANPE), dont la prise en charge du chômage est de moins en

moins efficace. Les jeunes, les femmes, les seniors trouvent

particulièrement mal leur place dans l’économie.

Le déclin relatif a commencé

Au total, en 40 ans, la croissance annuelle de l’économie française

est passée de 5 % à 1,7 % l’an pendant que la croissance

mondiale suivait le chemin inverse. Alors qu’elle était encore en

1980 la quatrième puissance mondiale en PIB et la huitième en

PIB par habitant, la France n’est plus aujourd’hui que la sixième

en PIB et la dix-neuvième en PIB par habitant. Le déclin relatif

9

300 décisions pour changer la France.

En résumé

peut entraîner un déclin absolu : la prospérité de la France (donc

des Français) n’est pas un acquis.

De plus, si rien n’est fait, la dette publique représentera 80 %

du PIB en 2012 et 130 % en 2020. Et même s’il faut, pour la juger

valablement, la comparer à la valeur des actifs, la charge du

remboursement qui pèsera sur les contribuables de demain sera

le triple de celle qu’ils assument aujourd’hui. De plus, compte

tenu des évolutions démographiques, le maintien des taux

actuels de remplacement des retraites est compromis : la part

des dépenses de retraites dans le PIB devrait passer de 12,8 %

aujourd’hui à 16 % en 2050.

Aussi, si le pays ne réagit pas fort et vite pour un retour à une

croissance durable, les enfants d’aujourd’hui vivront beaucoup

moins bien que leurs parents : le déclassement du pays et la

prolétarisation des classes moyennes en seront les premières

manifestations.

La croissance peut revenir pour tous

Une croissance économique forte peut revenir pour tous en

France. Elle suppose la conjugaison de différents facteurs :

une population active nombreuse et dynamique, un savoir et

des innovations technologiques sans cesse actualisés, une

concurrence efficace, un système financier capable d’attirer

du capital, une ouverture à l’étranger. Elle passe aussi par une

démocratie vivante, une stabilité des règles, une justice

sociale. Elle exige la tolérance, le goût du risque, le succès, le

respect pour l’échec, la loyauté à l’égard de la nation et des

générations à venir, la confiance en soi et en les autres.

Plus de croissance économique entraînera des progrès concrets

pour chacun des Français, qu’il appartiendra à chaque majorité

politique de distribuer selon ses choix. Un point de croissance

du PIB en plus pourrait signifier chaque année par

exemple, tout à la fois, 500 euros de pouvoir d’achat en plus par

ménage, 150 000 créations d’emplois supplémentaires, 90 000

logements sociaux de plus, 20 000 enfants handicapés scolarisés,

20 000 places d’hébergement d’urgence créées en plus

pour les sans-abri, la généralisation du Revenu de solidarité

300 décisions pour changer la France

10

active pour les allocataires du Revenu minimum d’insertion, une

augmentation de moitié des moyens de la recherche sur la santé

et les biotechnologies, le doublement de notre aide au développement,

et 4 000 euros de dette publique en moins pour chaque

citoyen, le tout sans alourdir les impôts ni aggraver le déficit.

Cela exigera le courage de réformer vite et massivement

La France peut y parvenir. Dans un délai raisonnable. Elle en

a les moyens. Pour cela, elle doit réapprendre à envisager son

avenir avec confiance, sécuriser pour protéger, préférer le

risque à la rente, libérer l’initiative, la concurrence et l’innovation.

Elle doit changer de vitesse. Un pays trop lent se désintègre

: il ne peut plus financer les solidarités nécessaires à toute

société. Un pays trop lent s’appauvrit : ses concurrents lui

ravissent l’une puis l’autre de ses parts de marchés, c’est-à-dire

ses opportunités de richesse. Un pays trop lent perd confiance

en l’avenir puisqu’il ne se donne plus les moyens de le

préparer. Un pays trop lent se désole et recule : il vit sous l’emprise

de la peur, il voit partout des menaces où les autres voient

des chances. Le monde avance, la France doit croître.

Cette croissance exige l’engagement de tous, et pas seulement

celui de l’État : il n’a presque plus les moyens d’agir sur la croissance,

bien qu’il reste encore un grand rôle au Politique.

Les Français doivent en particulier savoir que l’avenir de l’emploi

n’est plus dans la fonction publique, et que celui des entreprises

n’est plus dans les subventions : de très nombreux

pouvoirs ont été transférés au marché, à l’Europe, aux collectivités

territoriales, à des autorités indépendantes. De plus, le

budget des collectivités publiques est contraint par ses

faiblesses. L’essentiel de l’action est entre les mains des Français,

qui devront vouloir le changement et partager une envie

d’avenir, d’apprendre davantage, de s’adapter, de travailler

plus et mieux, de créer, de partager, d’oser. L’État garde cependant

encore une certaine capacité à changer le pays, en

commençant par se changer lui-même.

La réforme peut faire peur, notamment aux plus démunis :

alors que ce sont eux qui ont le plus besoin de croissance, l’ex-

11

300 décisions pour changer la France.

En résumé

périence leur a appris que les adaptations ne profitent en

général qu’aux plus favorisés, aux gagnants de la mondialisation.

Notre projet a une obsession : que tous soient gagnants,

et en priorité les exclus d’aujourd’hui.

Des principes d’équité

Pour cela, trois principes d’équité sont pour nous cardinaux :

• La réforme doit concerner tout le monde, toutes les catégories

sociales et professionnelles. Sans tabou, sans exclusive :

salariés publics comme privés, secteurs abrités comme

exposés, hauts fonctionnaires et petites entreprises. Tous

doivent bouger, pour que tous puissent gagner.

• Les acteurs les plus fragilisés par la mobilité doivent être

aussi les mieux accompagnés, les plus aidés à changer. Alors

que les protections d’hier incitaient au

de demain doivent aider au mouvement.

• Les effets des réformes doivent être évalués dans la durée et

d’abord du point de vue des victimes du conservatisme

actuel : en premier lieu les jeunes, les chômeurs, les plus

pauvres et les exclus du marché du travail, et plus généralement

les classes moyennes qui ne vivent que du revenu de

leur travail. C’est pour eux, en priorité, que nous voulons ce

projet, et ainsi faire gagner la France.

statu quo, les sécurités

Un projet d’ensemble

Nos travaux nous ont conduits à définir des priorités et à

proposer des décisions. En voici le résumé.

Pour s’inscrire dans la croissance mondiale, la France (c’està-

dire les Français) doit d’abord mettre en place une véritable

économie de la connaissance, développant le savoir de tous, de

l’informatique au travail en équipe, du français à l’anglais, du

primaire au supérieur, de la crèche à la recherche. Elle doit

ensuite faciliter la concurrence, la création et la croissance des

entreprises, par la mise en place de moyens modernes de

financement, la réduction du coût du travail et la simplification

des règles de l’emploi.

Elle doit favoriser l’épanouissement de nouveaux secteurs

clés, dont le développement contribuera à celui de tous les

300 décisions pour changer la France

12

autres : le numérique, la santé, la biotechnologie, les industries

de l’environnement, les services à la personne et bien d’autres.

La France doit en particulier formuler et mettre en oeuvre une

stratégie numérique ambitieuse, à l’instar de certains pays

nordiques et des nouvelles puissances asiatiques. Elle doit aussi

considérer les dépenses de santé comme une opportunité de

croissance et non plus comme une charge.

Le pays doit aussi se doter, grâce aux financements du secteur

privé, de grandes infrastructures portuaires, aéronautiques et

financières de taille mondiale, qui lui donneront les moyens de

devenir une plaque tournante des échanges en Europe.

Simultanément, il est nécessaire de créer les conditions d’une

mobilité sociale, géographique et concurrentielle. De permettre à

chacun de travailler mieux et plus, de changer plus facilement

d’emploi, en toute sécurité. Nécessaire aussi d’ouvrir le pays aux

idées et aux hommes venus d’ailleurs.

Pour mener à bien ces réformes, l’État et les autres collectivités

publiques doivent être très largement réformés. Il faudra réduire

leur part dans la richesse commune, concentrer leurs moyens

sur les groupes sociaux qui en ont réellement besoin, faire place

à la différenciation et à l’expérimentation, évaluer systématiquement

toute décision, a priori et a posteriori.

Au total, 316 décisions, qui constituent autant de réformes

majeures, devront être mises en oeuvre. Toutes sont critiques

pour le succès de l’ensemble. Elles constituent un plan global,

non politique, qui devra être mis en oeuvre avec constance au

cours des prochaines législatures, dans un environnement de

dépenses publiques stabilisées. Elles devront être accompagnées

de décisions sur la répartition des fruits de la croissance,

qu’il appartiendra à chaque majorité politique de définir selon

ses choix.

Certaines de ces réformes prendront des années à livrer leur

plein effet sur la croissance, comme l’amélioration de la formation

des éducatrices de crèche et des assistantes maternelles, le

développement de la formation par alternance, la réforme des

universités et leur rapprochement avec les grandes écoles, le

développement de la recherche en biotechnologie, en nanotech-

13

300 décisions pour changer la France.

En résumé

nologie et en neurosciences, le développement du tutorat dans

les quartiers, la promotion des énergies renouvelables, la création

de fonds de retraite, la réforme des ports, la réduction des

dépenses publiques, la réforme de la fonction publique et de

l’État, la simplification de la réglementation, la création d’une

Autorité de la concurrence. Ces réformes se comptent par

dizaines.

D’autres auront un impact très rapide, comme certaines

réformes fiscales, l’évaluation de tous les services publics, la

réduction du coût du travail, le soutien du petit commerce, la

concurrence dans la distribution, le libre choix de l’âge de la

retraite, l’aide à l’emploi des jeunes, l’ouverture des

commerces le dimanche, l’ouverture des professions réglementées,

la réduction des délais de paiement et de remboursement

de la TVA. Elles se comptent par centaines.

20 décisions fondamentales illustrent la volonté d’ensemble

du rapport. Elles ne sont pas des substituts des autres, qui

doivent prises dans le même temps. Voici les intitulés de ces

décisions fondamentales, organisées autour de huit ambitions.

Ambition 1 Préparer la jeunesse à l’économie du savoir

et de la prise de risque

Notre pays, hormis les richesses de son agriculture, ne dispose pas de

matières premières. De plus en plus, les batailles économiques se remportent

grâce à l’innovation. De notre capacité à innover dépendront notre

croissance et notre place dans la compétition mondiale. Formation, transmission

des savoirs et qualification permanente sont donc les conditions

premières de notre réussite.

DÉCISION FONDAMENTALE 1

fin de la sixième le français, la lecture, l’écriture, le calcul, le

travail de groupe, l’anglais et l’informatique.

Se donner les moyens pour que tout élève maîtrise avant la

300 décisions pour changer la France

14

DÉCISION FONDAMENTALE 2

recherche autour de 10 campus, réels et virtuels, fixant les

conditions d’excellence de l’ensemble du système de formation

supérieur et de recherche.

Constituer 10 grands pôles d’enseignement supérieur et de

Ambition 2 Participer pleinement à la croissance mondiale

et devenir champion de la nouvelle croissance

À ne pas suffisamment accepter la mondialisation, la France ne profite pas

autant qu’elle le pourrait de la forte croissance mondiale actuelle et future.

Depuis quelques années, une nouvelle croissance se fait jour, qui tente de

réconcilier la performance et l’éthique, la rentabilité financière à court terme

et la responsabilité vis-à-vis des générations futures. Ainsi, la protection de

l’environnement a donné naissance à de nouveaux marchés, à de nouvelles

créations de richesses. La France a tous les atouts pour jouer l’un des tout

premiers rôles dans cette « nouvelle croissance ».

DÉCISION FONDAMENTALE 3

recherche) pour prendre une place de premier rang dans les

secteurs de l’avenir : numérique, santé, énergies renouve -

lables, tourisme, biotechnologie, nanotechnologie, neurosciences.

Redonner à la France tous les moyens (dont ceux de la

DÉCISION FONDAMENTALE 4

moins 50 000 habitants intégrant technologies vertes et

technologies de communication.

Mettre en chantier dix Ecopolis, villes et quartiers d’au

DÉCISION FONDAMENTALE 5

débit pour tous, à domicile, dans l’espace numérique de

travail et dans l’administration.

Entreprendre dès maintenant la mise en place du très haut

DÉCISION FONDAMENTALE 6

et place financière) et accroître l’offre et la qualité du

logement social.

Mettre en place les infrastructures nécessaires (ports, aéroports

15

300 décisions pour changer la France.

En résumé

Ambition 3 Améliorer la compétitivité des entreprises françaises,

en particulier des PME

Notre économie a deux faiblesses majeures unanimement reconnues : une

compétitivité déclinante et l’insuffisance de son réseau de moyennes

entreprises. Par ailleurs, nous manquons d’entreprises ayant la taille et les

ressources suffisantes pour développer leur recherche et s’étendre hors

de nos frontières.

DÉCISION FONDAMENTALE 7

grandes entreprises à un mois à compter de la livraison et à

dix jours pour la TVA, et instituer un statut fiscal simplifié

pour les entreprises qui réalisent moins de 100 000 euros de

chiffre d’affaires par an.

Réduire les délais de paiement des PME par l’État et par les

DÉCISION FONDAMENTALE 8

premier temps les TPE/PME de moins de 20 salariés dans

leurs démarches administratives, en leur adressant des

réponses engageant l’ensemble des administrations.

Créer par redéploiement une agence guidant dans un

Ambition 4 Construire une société de plein-emploi

Entre 1936 et aujourd’hui, nous vivons vingt ans de plus et travaillons en

moyenne quinze ans de moins. Ces trente-cinq années d’inactivité supplémentaires

ont un lourd coût en termes de croissance et ne correspondent

pas nécessairement aux aspirations de chacun.

DÉCISION FONDAMENTALE 9

en modernisant les règles de représentativité et de financement

des organisations syndicales et patronales.

Renvoyer l’essentiel des décisions sociales à la négociation

DÉCISION FONDAMENTALE 10

à toutes les entreprises et collectivités publiques de présenter

chaque année un bilan de la diversité par âge, par sexe et par

origine.

Mobiliser tous les acteurs pour l’emploi des jeunes et imposer

300 décisions pour changer la France

16

DÉCISION FONDAMENTALE 11

transférant une partie des cotisations sociales vers la Contribution

sociale généralisée (CSG) et la TVA.

Réduire le coût du travail pour toutes les entreprises en

DÉCISION FONDAMENTALE 12

sans aucune limite d’âge (une fois acquise la durée minimale

de cotisation) en bénéficiant, à compter de 65 ans,

d’une augmentation proportionnelle de sa retraite et en

supprimant tous les obstacles aux cumuls emploi-retraite, et

tous les dispositifs de préretraite.

Laisser à tout salarié le libre choix de poursuivre une activité

Ambition 5 Supprimer les rentes, réduire les privilèges

et favoriser les mobilités

Pour tenter de se protéger, d’innombrables groupes ont construit des murs au

fil du temps. Dans un monde ouvert et mouvant, l’accumulation, à tous

niveaux, de rentes et de privilèges bloque le pays, pèse sur le pouvoir d’achat

et freine sa capacité de développement. Sans mobilité sociale, économique,

professionnelle, géographique, aucune croissance n’est possible.

DÉCISION FONDAMENTALE 13

prendre part efficacement à la concurrence tout en restaurant

complètement la liberté des prix et de l’installation de

tous les acteurs de la distribution, de l’hôtellerie et du

cinéma, dans le cadre des plans d’urbanisme.

Aider les commerçants et les fournisseurs indépendants à

DÉCISION FONDAMENTALE 14

concurrence sans nuire à la qualité des services rendus.

Ouvrir très largement les professions réglementées à la

DÉCISION FONDAMENTALE 15

Bourse Internet du logement social) et la mobilité internationale

(notamment par une procédure souple de délivrance de visas

aux étudiants, aux chercheurs, aux artistes et aux travailleurs

étrangers, en particulier dans les secteurs en tension).

Encourager la mobilité géographique (par la création d’une

17

300 décisions pour changer la France.

En résumé

Ambition 6 Créer de nouvelles sécurités

à la mesure des instabilités croissantes

Les hommes et les femmes de notre pays subissent de plein fouet les adaptations

permanentes qu’impose ce monde ouvert et mouvant. À ces précarités

nouvelles doivent répondre des sécurités nouvelles. Le goût du risque est un

moteur irremplaçable ; la protection de ceux qui risquent en est la condition.

DÉCISION FONDAMENTALE 16

comme une activité nécessitant rémunération sous forme

d’un « contrat d’évolution ».

Considérer la formation de tous les chercheurs d’emploi

DÉCISION FONDAMENTALE 17

Sécuriser la rupture amiable du contrat de travail.

Ambition 7 Instaurer une nouvelle gouvernance au service

de la croissance

La France est un vieux pays. Beaucoup de ses institutions se sont sédimentées

et fossilisées. Elles coûtent souvent trop cher pour un service

chaque jour plus défaillant. Chacune de nos institutions doit être évaluée

au regard du double objectif : garantir la solidarité et servir la croissance.

DÉCISION FONDAMENTALE 18

faire évaluer tout service public (école, université, hôpital,

administration) par des organismes indépendants.

Créer des agences pour les principaux services au public, et

DÉCISION FONDAMENTALE 19

disparaître en 10 ans l’échelon départemental.

Renforcer les régions et les intercommunalités en faisant

Ambition 8 Ne pas mettre le niveau de vie d’aujourd’hui à la charge

des générations futures

Un pays qui s’endette n’aime pas ses enfants. Qu’est-ce que la bonne

dette : l’investissement, qui prépare l’avenir. Qu’est-ce que la mauvaise : la

nôtre, cette accumulation de déficits engendrés par le train de vie excessif

de l’État et de l’ensemble des collectivités publiques.

300 décisions pour changer la France

18

DÉCISION FONDAMENTALE 20

PIB. Cette réduction devra atteindre 1 % du PIB par an à

partir de 2009, soit 20 milliards d’euros de réduction par

rapport à la tendance par an pendant 5 ans.

Certaines de ces 316 mesures ont déjà été reprises par le

gouvernement, avant même la publication de ce rapport. D’autres

se retrouvent dans les propositions émises par l’opposition.

Toutes ces décisions forment un ensemble cohérent et doivent

être prises rapidement. Il ne s’agit plus ici de suggestions à

mettre à l’étude, ni même d’un catalogue où sélectionner celles

qui pourraient satisfaire telles ou telles catégories électoralement

utiles.

Pour faire effet au plus tôt, toutes ces décisions doivent être

approuvées et préparées en détail de janvier à avril 2008. Elles

doivent ensuite être mises en oeuvre entre avril 2008 et juin 2009.

Réduire dès 2008 la part des dépenses publiques dans le

La France de 2012

La mise en oeuvre de l’ensemble de ces réformes à partir d’avril

2008 permettra, si l’environnement économique international ne

se dégrade pas, d’atteindre les objectifs suivants à la fin 2012 :

• Une croissance potentielle de 1 point plus élevée qu’aujourd’hui ;

• Un taux de chômage ramené de 7,9 % à 5 %, c’est-à-dire le

plein-emploi ;

• Plus de 2 millions de logements construits et au moins autant

de rénovés ;

• Le chômage des jeunes divisé par trois ;

• Le nombre de Français sous le seuil de pauvreté ramené de

7 à 3 millions ;

• Plus de 10 % des élus à la prochaine Assemblée nationale

issus de la diversité ;

• L’écart de l’espérance de vie entre les plus favorisés et les

plus défavorisés sera réduit de un an ;

• Plus de 10 000 entreprises créées dans les quartiers et les

banlieues ;

• Un senior sur deux au travail au moment de prendre la

retraite, au lieu de un sur trois aujourd’hui ;

19

300 décisions pour changer la France.

En résumé

• Un taux d’encadrement dans le premier cycle de l’enseignement

supérieur identique à celui des classes préparatoires ;

• 100% des Français ayant accès à l’

line

réguliers d’Internet ;

• Une dette publique réduite à 55 % du PIB ;

• Une fréquentation touristique atteignant plus de 90 millions

de visiteurs annuels.

Si les conditions externes se dégradent, il faudra, pour atteindre

ces mêmes objectifs, aller plus vite encore dans la mise en oeuvre

de ces réformes.

Ces objectifs peuvent être partagés par tous, quels que soient

leurs choix politiques. Les moyens d’y parvenir, détaillés dans ce

rapport, doivent l’être aussi. Chaque majorité politique pourra

ensuite répartir en détail les fruits de cette croissance au profit des

catégories qu’elle entend privilégier.

Asymetric digital subscriber(ADSL) et à la large bande, et 75 % des Français devenus utilisateurs

Conduire la réforme tambour battant

Avant de se lancer dans l’action, il ne faut pas que la main

tremble. Le pouvoir politique sait que les Français veulent la

réforme, qu’ils croient en la réforme si elle est socialement juste

et économiquement efficace, et qu’ils attendent qu’elle soit

conduite tambour battant.

Elle ne peut aboutir que si le président de la République et le

Premier ministre approuvent pleinement les conclusions de ce

rapport, le soutiennent publiquement, dès maintenant, personnellement

et durablement, en fixant à chaque ministre des

missions précises.

L’essentiel de ces réformes devront donc être engagées, selon

le calendrier proposé à la fin de ce rapport, entre avril 2008 et

juin 2009. Elles devront ensuite être poursuivies avec ténacité,

pendant plusieurs mandats, quelles que soient les majorités.

300 décisions pour changer la France

20

Première partie

Participer pleinement

à la croissance mondiale

La France doit d’abord participer à la croissance mondiale,

et pour cela se doter des moyens humains

et matériels nécessaires.

 

Chapitre 1

A

U COMMENCEMENT, LE SAVOIR

U

NE ÉDUCATION QUI FORME DES GÉNÉRATIONS CRÉATIVES ET CONFIANTES

Il n’y aura de croissance forte que si la société est capable d’aider

chacun à trouver les domaines dans lesquels il peut être le plus

heureux et le plus créatif. La croissance dépend à long terme du

potentiel de la jeunesse, de sa confiance en elle-même, de son

optimisme, de son goût de créer, de sa capacité à innover, enfin de

son insertion professionnelle et personnelle au sein de la société.

La jeunesse représente aussi la source des plus grandes entreprises

de l’avenir. Beaucoup des plus récentes aventures industrielles

et numériques du monde, américaines pour la plupart, ont

été créées par des jeunes de moins de 25 ans. La croissance

dépend aussi de la capacité de notre société à ne pas reporter sur

sa jeunesse ses dépenses d’aujourd’hui.

La créativité, la mobilité et l’agilité de la jeunesse sont avant tout

déterminées par la maîtrise des comportements et des savoirs fondamentaux

acquis dès le plus jeune âge. Elles dépendent donc de la

capacité de la famille, de l’environnement social et des enseignants à

valoriser les aptitudes intellectuelles, académiques, sportives ou artistiques

de chacun, à élargir les critères d’appréciation des potentialités

des jeunes, à les sensibiliser à l’importance de la volonté, de la résistance

à l’échec, du questionnement et du travail en équipe.

Une dépense d’éducation en constante augmentation

La France consacre une part considérable et croissante de sa

richesse à l’éducation : la dépense d’éducation a été multipliée par

1,8 depuis 1980 pour atteindre 6,8 % du PIB aujourd’hui, soit 1 920 €

par habitant et 7 160 € par élève ou étudiant.

La dépense par élève du primaire a crû de 79 % depuis 1980, pour

s’élever à 4 990 € par élève. La dépense moyenne par élève du secondaire

a augmenté de 61 %, atteignant 8 810 € en 2006. La dépense

23

d’éducation consacrée à l’enseignement supérieur a crû de 120 %

depuis 1980 et représente aujourd’hui 9 370 € par étudiant.

Des résultats pourtant très décevants

Malgré ces efforts :

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• Le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans est un des plus

élevés des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de

développement économique), et approche les 22 % en 2007, sans

être jamais descendu sous la barre des 15 % depuis 1980 ;

• 40 % des élèves de CM2 finissent leur scolarité primaire avec de

graves lacunes ;

• 17 % des jeunes quittent l’enseignement sans avoir ni Certificat

d’aptitude professionnelle (CAP), ni Brevet d’études professionnelles

(BEP), ni baccalauréat ;

• 50 000 jeunes par an, soit environ 6 % d’une génération, proportion

considérable, sortent du système scolaire avant la terminale ;

• 41 % des étudiants interrompent leurs études sans avoir de

diplôme (11 points de plus que la moyenne de l’OCDE) ;

• Selon une étude américaine (Programme international de recherche

en lecture scolaire – 2007), en lecture, les élèves français se classent

27

États-Unis, et régressent par rapport aux enquêtes précédentes ;

• Dans le domaine des sciences, les enfants français passent de la

10

ressortent en tête du classement ne sont pas ceux qui consacrent

le plus d’argent à chaque élève.

Le poids de l’origine sociale n’a jamais autant déterminé les

parcours scolaires, et ces derniers n’ont jamais autant déterminé

les parcours professionnels :

• 52 % des enfants d’ouvriers obtiennent leur baccalauréat, contre

85 % des enfants de cadres supérieurs. Moins de la moitié des

enfants des classes populaires passent le baccalauréat général,

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