BCE: baisse des taux record

Publié le par pascal doublier

BCE: baisse des taux record

 

La Banque centrale européenne a procédé à la plus forte baisse des taux de son histoire et ramené son principal taux directeur à 2,5%. Une mesure indispensable pour traiter la crise du crédit. Les taux de crédits immobiliers vont baisser.

Le geste de la BCE aidera-t-il à renforcer le marché du crédit ?
Pour la troisième fois depuis octobre, la Banque centrale européenne a procédé jeudi à une baisse de son principal taux d'intérêt directeur. Il a été réduit de 0,75 point de pourcentage, tombant à 2,50%, soit son plus bas niveau depuis mars 2006.

Jamais la BCE n'avait procédé à une baisse aussi importante en une seule fois. De même elle n'avait jamais engagé un cycle de baisse de façon aussi accélérée. « Cela fait une baisse de 1,75 point de pourcentage en deux mois. Ca non plus nous ne l'avions jamais fait auparavant » a tenu à insister son président Jean-Claude Trichet.

L'action vigoureuse de la BCE est à la hauteur des difficultés de la zone euro. Comme nombre d'institutions internationales, elle a en effet fortement revu en baisse ses prévisions de croissance, s'attendant désormais à une récession en 2009, avec un PIB qui pourrait se contracter de 0,5% l'année prochaine.

L'inflation n'est plus une menace
Ce mouvement très inhabituel s'explique aussi par la chute brutale de l'inflation, liée à la baisse des prix des matières premières et au ralentissement économique, qui donne de nouvelles marges de manœuvre au gardien de la monnaie européenne. D'une hausse des prix moyenne de 3,3% en 2008 dans la zone euro, on devrait en effet passer à 1,4% en 2009. Soit bien au dessous du maximum de 2% autorisé par la BCE. Autrement dit, c'est maintenant davantage le spectre de la déflation qu'il s'agit de combattre en favorisant une relance de l'activité.

Saluée par de nombreux gouvernements européens et le FMI, ce geste fort de la BCE n'a toutefois pas été particulièrement célébré par des bourses hésitantes (baisse de -0,17% pour le CAC 40 à Paris), où des analystes l'ont notamment comparée à la baisse encore plus importante de la Banque d'Angleterre. Celle-ci a en effet taillé son principal taux directeur d'un point pour le ramener à 2%, soit son plus bas niveau depuis 1951. La Suède a été encore plus vigoureuse avec une baisse de 1,75%.

Jea-Claude Trichet a toutefois laissé ouvertes toutes les options quant à l'avenir. "Pour janvier, je ne dirai rien.a-t-il indiqué. Nous devons voir ce qui va se passer".

Quel impact ?
Dans une analyse publiée jeudi, Cyril Blesson, Directeur de la recherche économique de Seeds Finance, se félicite de détente monétaire en cours qui est une des moyens de traiter la crise du crédit. « En abaissant, très vite ses taux la BCE cherche à relancer l'offre de crédit dans un contexte de contraction de la production de crédit, explique-t-il. Plus les taux courts (auxquels les banques empruntent) sont inférieurs aux taux longs (auxquels elles prêtent), plus les banques sont incitées à prêter car leur marge d'intermédiation augmente. »

« Plus généralement, poursuit-il, la BCE cherche à combattre la fuite vers les placements liquides des investisseurs et épargnants, en abaissant fortement leur rémunération. » Ce qui aura pour effet de faciliter les placements à long terme dont a besoin l'activité économique pour se développer.

Les taux de rémunération de l'épargne liquide (Livret A, Livret Jeunes, dépôts à termes, OPCVM monétaires etc..) vont baisser dans le sillage des taux de la BCE. Il estime notamment que le taux du livret A pourrait être abaissé à 2.75% voire 2.5% en février 2009, puis sous les 2.0% en août.

Les taux immobiliers repasseraient sous les 5% en janvier
La baisse accélérée des taux de la BCE conduit certains observateurs du marché du crédit immobilier à annoncer une répercussion plus rapide que prévu pour les particuliers. C'est le cas notamment de Geoffroy Bragadir, porte-parole du courtier en ligne Empruntis.com.

« Les banques françaises ont déjà commencé à répercuter les baisses précédentes et les taux d'intérêt aux particuliers sont déjà en baisse depuis début novembre explique-t-il. Cette nouvelle baisse a également déjà été anticipée par les banques françaises qui nous font part de nouvelles diminutions de taux pour le mois de décembre et en annoncent encore pour le début de l'année 2009 ». Selon lui, les taux moyens à 15 ans devraient ainsi repasser sous la barre des 5% dans le courant du mois de janvier 2009, contre 5,15% en novembre et 5,30% en octobre.

Autre conséquence positive, les taux d'intérêt des emprunts d'Etat devraient probablement poursuivre leur baisse. Ce qui va permettre de réduire le coût des relances budgétaires engagées un peu partout en Europe et financées par le déficit public et l'endettement.

Reste à savoir quand et comment les banques privées vont répercuter la baisse des taux de la BCE sur l'ensemble de leurs tarifs aux particuliers et aux entreprises. De façon générale, les économistes estiment que le délai est de 6 à 9 mois mais l'exemple de l'immobilier pourrait inciter à l'optimiste. Reste aussi à savoir quand les banques vont assouplir les conditions posées pour octroyer des crédits. En clair, les banques vont-elles jouer le jeu du financement de l'économie ou vont-elle d'abord en profiter pour restaurer leurs marges?

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